« Notre IA » : l'État français passe à l'IA à grande échelle
Le 16 juin, l'État présente « Notre IA », son premier plan systémique : outils souverains (L'Assistant via Mistral), lutte contre le « shadow AI » et 655 M€ d'infrastructures.
- → Le 16 juin 2026 à Bercy, le ministre David Amiel a présenté « Notre IA », décrit comme le premier plan systémique d'IA dans l'État.
- → Objectif : passer des expérimentations isolées au déploiement industriel, et reprendre le contrôle du « shadow AI ».
- → Outil phare : « L'Assistant », conçu avec Mistral AI, avec jusqu'à +16 % de gains de temps sur la synthèse documentaire.
- → 655 millions d'euros pour les infrastructures, et une IA voulue « utile, humaine et souveraine ».
Pendant que les géants américains s'écharpent à coups de milliards, la France joue une autre partition : faire entrer l'IA dans ses propres administrations. Le 16 juin 2026, à Bercy, le ministre David Amiel a présenté « Notre IA », un plan présenté comme le premier du genre à l'échelle de l'État. Moins spectaculaire qu'un nouveau modèle, mais potentiellement bien plus structurant.
Derrière le nom, un constat lucide et un pari : l'IA est déjà partout dans les services publics, souvent en cachette. Autant l'organiser, avec des outils maîtrisés.
« Notre IA », du bricolage au déploiement
Jusqu'ici, l'IA dans l'administration française, c'était une mosaïque d'expérimentations isolées, menées service par service, sans vision d'ensemble. Le plan « Notre IA » veut changer d'échelle : passer du test ponctuel au déploiement industriel, avec une gouvernance claire et des outils communs.
C'est, selon le gouvernement, le premier plan systémique d'intelligence artificielle dans l'État. L'ambition affichée : une IA « utile, humaine et souveraine », au service des agents et des usagers, pas un gadget de communication.
Le vrai problème : l'IA clandestine
Le point le plus intéressant du plan, c'est son point de départ. Beaucoup d'agents publics utilisent déjà l'IA au quotidien, mais avec des outils grand public non validés, ce que l'on appelle le « shadow AI ». Selon un sondage mené auprès d'environ 2 000 agents (Horizons publics), une large majorité aurait déjà recours à l'IA, et plus de la moitié via des outils non homologués.
Le risque est double : la protection des données (des documents administratifs envoyés à des services étrangers) et la dépendance à des outils sur lesquels l'État n'a aucun contrôle. « Notre IA » assume ce constat et propose une alternative maîtrisée plutôt que d'interdire un usage déjà massif.
L'Assistant, propulsé par Mistral
Au cœur du dispositif, un outil maison : « L'Assistant », conçu avec Mistral AI. Déjà expérimenté par des milliers d'agents, il démontre jusqu'à +16 % de gains de temps sur des tâches comme la synthèse de documents. L'idée est de donner aux fonctionnaires un équivalent souverain de ChatGPT, hébergé et contrôlé en France.
Le choix de Mistral n'est pas anodin : il prolonge une logique de souveraineté que l'État pousse aussi avec d'autres acteurs publics, comme la Caisse des Dépôts ou La Banque Postale. L'IA française, financée par l'argent public, pour les services publics.
655 millions et la réinternalisation des compétences
Le plan s'accompagne d'une enveloppe de 655 millions d'euros pour les infrastructures, et d'un objectif moins visible mais crucial : réinternaliser les compétences numériques (IA, cloud, cybersécurité, données) au sein de l'État d'ici 2027. Autrement dit, ne plus tout déléguer à des prestataires, mais former et garder des talents en interne.
C'est un changement culturel autant que technique. Pendant des années, l'État a externalisé son informatique. Avec l'IA, il cherche à reprendre la main, conscient que déléguer son intelligence, c'est déléguer sa souveraineté.
Ce que les entreprises peuvent en retenir
Le plan « Notre IA » n'est pas qu'une affaire d'administration. Il illustre une feuille de route que beaucoup d'entreprises devraient suivre : reconnaître le shadow AI au lieu de l'ignorer, proposer un outil maîtrisé plutôt qu'une interdiction, mesurer les gains réels, et garder le contrôle des données.
À l'heure où près d'un Français sur deux utilise déjà l'IA, la question n'est plus de savoir s'il faut s'y mettre, mais comment le faire sans perdre la maîtrise. Sur ce point, l'État vient de donner, pour une fois, un exemple à suivre.
Pour aller plus loin : Caisse des Dépôts : IA Factory Mistral · Mistral équipe La Banque Postale · La fiche modèle Mistral · Comment les Français utilisent l'IA
